Le nucléaire français et les « compétences mondialement reconnues »

Merveilleusement posté par : admin  //  Categorie: Actualité, Ecologie

L’éditorial du Monde daté du 6 novembre 2009 revient sur les graves déboires du réacteur nucléaire français EPR. Tout en pointant à juste titre les problèmes rencontrés, l’article semble appeler à une remise en ordre de la filière nucléaire en prétendant qu’il s’agit de « l’un des derniers domaines où la France dispose de compétences mondialement reconnues. »

Or, de quelles compétences parle-t-on ? 54 des 58 réacteurs nucléaires « français » actuellement en service sont en réalité américains (les licences ont été payées dans les années 70 à Westinghouse). Les réacteurs réellement français se sont révélés catastrophiques : c’est justement devant l’échec de la première génération (les « graphite-gaz ») que la technologie Westinghouse a été retenue. Depuis, les réacteurs Superphénix et EPR ont eux aussi gravement failli.

On pourrait rappeler aussi quelques évènements assez peu connus qui ont démontré à l’étranger la « compétence » du nucléaire français :

-  les travaux effectués par Framatome-Areva à la centrale nucléaire de Paks (Hongrie) ont abouti à un grave accident nucléaire le 10 avril 2003, qui a contraint l’entreprise française a payer de lourdes pénalités et à laisser la place au Russe TVEL.

- idem avec « les déconvenues survenues en cours de construction du centre d’entreposage à sec des combustibles usés des réacteurs de Tchernobyl, dont le dernier a été stoppé en 2000. Framatome, chargé du projet, a dû payer des pénalités et passer la main à l’américain Holtec. » (Cf Le Monde daté du 20 octobre 2009)

Par ailleurs, l’usine d’enrichissement de l’uranium, actuellement en construction au Tricastin (Drôme), va utiliser une technologie payée – fort cher – par Areva à son concurrent étranger Urenco : contrairement à divers pays (dont l’Iran), la France ne possède pas la technologie des centrifugeuses.

D’autre part, comme cela a été révélé au public dernièrement, ce n’est pas en France mais en Russie que EDF fait réenrichir son uranium de retraitement… tout en en profitant pour laisser sur place des déchets radioactifs.

Finalement; la seule véritable « compétence » du nucléaire français et de disposer d’un chéquier copieusement abondé depuis des décennies par l’Etat.

D’autre part, l’éditorial du Monde contient deux erreurs qui méritent rectification : ainsi, il est affirmé que « l’industrie nucléaire permet à notre pays d’être moins dépendant du pétrole que nos voisins ». C’est parfaitement faux : un français consomme même, en moyenne, plus de pétrole qu’un Allemand. Le nucléaire n’a aucune influence sur la consommation de pétrole.

Enfin, l’article rend hommage à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française « dont il faut saluer l’indépendance ». Or, c’est l’autorité de sûreté britannique qui a mis à jour, dès avril 2009, la grave faille de sûreté du système de contrôle de l’EPR. L’ASN, elle, avait depuis longtemps autorisé la construction de l’EPR en France et en Finlande : elle n’avait donc pas vu, ou pas dévoilé, la grave faiblesse de l’EPR. C’est la révélation du problème par le quotidien The Times le 1er juillet dernier qui a contraint l’ASN française à reconnaître le problème.

Il faut ajouter à ce triste tableau la situation inextricable concernant les différents types de déchets radioactifs qui s’accumulent en France, et le refus légitime des populations de recevoir un site d’enfouissement de ces déchets.

On constate enfin que la France, le pays le plus nucléarisé du monde, est obligée d’importer massivement tous les hivers de l’électricité produite par nos voisins… qui, eux, n’ont pas ou peu de nucléaire. Les tenants de l’atome finiront-ils par réaliser qu’il y a quelque chose qui cloche, sérieusement, dans leur système ?

Cette situation insensée – crée par la profusion des chauffages électriques, installés à tout va pour « justifier » le nucléaire – ne fait que s’aggraver et nous mène tout droit à la pénurie et au rationnement de l’électricité.

A ceux qui répondent qu’il n’y a qu’à construire d’autres réacteurs nucléaires – la France n’en aurait donc pas assez ? – il faut expliquer qu’utiliser des réacteurs juste pour l’hiver, et les laisser arrêtés le reste de l’année, ruinerait EDF en un clin d’œil.

La solution, c’est évident, n’est pas dans la fuite en avant. Il faut constater l’échec général de l’option nucléaire imposée en France par la force depuis des décennies. Il faut aussi prendre acte de ce que Mme Merkel, en Allemagne, contrairement à ses promesses électorales, ne remet pas en cause la sortie du nucléaire. Les centrales allemandes obtiendront peut-être un sursis, mais la fin de cette énergie est inéluctable.

L’avenir est aux économies d’énergie, à l’efficacité énergétique (consommer moins pour un même service), et aux énergies renouvelables, les seules qui resteront in fine, lorsque les réserves de pétrole, gaz, charbon et d’uranium seront épuisées.

Stéphane Lhomme
Porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire »

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